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Contexte
C’est une ferme familiale créée il y’a 40 ans par Hector Correa. Elle a permis de réhabiliter des terres agricoles difficiles et a pour but l’autosuffisance des personnes qui y vivent. Le lieu est aussi devenu un espace culturel. En plus de posséder un atelier de céramique le jardin est une galerie d’art à ciel ouvert.
Innovations
- Système agroforestier à étages (algarrobo – bananier – caféier)
Ce système empile trois niveaux de végétation qui se complètent. Tout en haut, de grands algarrobos alignés (à Cuba, ce nom désigne le plus souvent Samanea saman, une grande légumineuse). Au milieu, des bananiers. En dessous, les caféiers.
Chaque étage rend un service. Le grand arbre filtre la lumière et adoucit le microclimat : il fait baisser la température et l’assèchement de l’air, ce qui limite le stress hydrique du caféier — une plante qui, à l’origine, pousse en sous-bois. Ses feuilles tombées nourrissent la matière organique du sol et la vie qu’il abrite. Et comme c’est une légumineuse, il fixe probablement de l’azote de l’air, un engrais naturel « gratuit ». L’ombre gêne aussi les mauvaises herbes, qui ont besoin de plein soleil : on réduit donc l’usage d’herbicides. Enfin, mélanger des familles de plantes très différentes brouille les pistes pour les ravageurs et les maladies spécialisés, qui se propagent moins bien.
Le système est aussi malin dans le temps. Le bananier pousse vite et sert de « nounou » : il ombrage les jeunes caféiers pendant que les algarrobos, plus lents, s’installent. Ensuite, les grands arbres prennent le relais. À noter : la nuit, les feuilles de l’algarrobo se replient (un phénomène réel chez Samanea saman), ce qui laisse mieux passer la rosée et la pluie vers le sol.
Ces parcelles sont grandes et productives. Elles montrent que ces systèmes ne se limitent pas au petit jardin et fonctionnent à l’échelle d’une exploitation. Ce qui se transpose n’est pas le trio café-banane-algarrobo, inadapté au climat tempéré, mais les principes : cultiver en étages, choisir des arbres « de service » légumineux, utiliser une culture-abri pour lancer les plantations pérennes, et remplacer des intrants chimiques (herbicides, engrais azotés) par des services rendus par le vivant.
- Organisation des cultures selon la pente (toposéquence)
Le terrain est en pente, et les cultures sont réparties du haut vers le bas selon ce que chaque niveau offre : eau, drainage, type de sol. On appelle ça une toposéquence.
En haut, on trouve le système agroforestier. Ses racines profondes et sa couverture permanente tiennent le sol là où l’érosion menace le plus, et favorisent l’infiltration de l’eau. Au milieu, des cultures annuelles plus gourmandes. En bas, les rizières, là où l’eau s’accumule naturellement.
L’eau est ainsi utilisée « en cascade ». Elle est freinée et infiltrée en haut par les arbres, consommée à mi-pente par les cultures, puis retenue en bas par les rizières qui, elles, ont besoin de cette accumulation. Résultat : chaque culture est au bon endroit, l’érosion est limitée et l’eau est mieux valorisée. Elle rappelle qu’une partie des gains agroécologiques se joue à l’échelle du paysage, et pas seulement de la parcelle : on raisonne d’abord la topographie et le trajet de l’eau, avant l’assolement (répartition des cultures sur la ferme).
Conclusion
La visite de La Finca Coincidencia a été une belle surprise. Au-delà de son activité agricole innovante, illustrée par les trois dispositifs décrits plus haut, le lieu séduit par sa dimension artistique : de magnifiques sculptures parsèment le jardin et un atelier de poterie donne à l’exploitation tout son charme. Cette rencontre entre agriculture et art n’est pas anecdotique ; elle fait même l’identité de la ferme, dont le nom, « Coincidencia », renvoie à cette terre qui fournit à la fois le sol pour cultiver et l’argile pour façonner la céramique. L’accueil de la famille a aussi beaucoup compté. Nous avons été chaleureusement reçus et volontiers associés aux tâches du quotidien. Apprendre ainsi sur le terrain, en participant, vaut souvent mieux qu’une longue explication. Enfin, comme dans chaque ferme visitée, ce fut l’occasion de découvrir de nombreux arbres fruitiers et quelques nouvelles recettes. Ces systèmes agroécologiques ne se résument pas à des schémas techniques : ils font vivre une grande diversité végétale et un savoir-faire local, dont la cuisine est un prolongement direct.
Références
- Notes de visite
- Photographies terrain
- Finca Coincidencia, site officiel, section « La Finca Verde » : composition des surfaces, ombrage des caféières, cultures de cycle court (riz, haricots), énergies renouvelables. https://coincidenciafinca.com/la-finca-verde/
- Arte de la Finca (projet documentaire) : historique, fondateur Héctor Correa (agronome), surface d’environ 23 ha, production de café et de miel, localisation à Matanzas, Cuba. http://artedelafinca.com/
- Lonely Planet, fiche « Finca Coincidencia » : ferme écologique, diversité végétale (plus de 80 variétés), fondateur Héctor Correa. https://www.lonelyplanet.fr/poi/cuba-varaderoetprovincedecg-finca-coincidencia
- OpenStreetMap / Mapcarta : localisation de la ferme (Jovellanos / Coliseo, province de Matanzas). https://mapcarta.com/fr/W928734203